Tachkent 2



Tachkent. Retour à l'hôtel Lokomotiv. L'accueil y est plus jovial que lors de mon arrivée. C'est que je suis maintenant un habitué. Comment avais-je fait pour n'avoir pas remarqué le bar et sa serveuse, Svetlana, qui vient m'aider à remplir ma fiche. L'employée d'étage n'est plus l'austère moustachue habituelle mais une charmante fille blonde.

Mercredi. Parc de la Victoire (Pobiedy), au bord du canal Ankhor, au nord en suivant Amir Timour. C'est ainsi que je pourrais me représenter un mini Disneyland. Un peu plus loin se trouve un aqualand et ses naïades, la Tour de la télévision très élégante avec sa dague faîtière comme une longue aiguille plantée dans le ciel. Au premier étage se trouve un restaurant circulaire et au deuxième une plate forme. Souhaitant m'y rendre, on m'a fait déposer mon appareil photo à une consigne et payer 500 soums. Je me retrouve dans un restaurant désert où l'on veut absolument me servir un déjeuner, où je m'emberlificote dans mes explications, où je m'énerve finalement, plantant là mes interlocuteurs. Retour à l'hôtel. À la sortie du métro, je remarque un attroupement de quelques personnes qui regardent en direction du soleil avec des lunettes spéciales. L'éclipse, bien sûr ! Je l'avais oubliée. Tout le monde avait pourtant fait assez de foin là-dessus en France et les premiers produits dérivés étaient apparus des mois à l'avance. Ici, les gens semblent à peine au courant. Il faut cet attroupement provoqué par deux étrangères, une Française journaliste à Canal+ qui est ici pour un festival de cinéma et une Allemande qui fait une thèse sur l'Asie centrale. Elles ont amené les lunettes spéciales éclipses. Ici, c'est à peine si la luminosité baisse mais on voit nettement le croissant de lune manger jusqu'à près d'un tiers le disque solaire. Les passants demandent à essayer les lunettes et les deux jeunes femmes font les importantes. Je demande à la Française si elle connaît un endroit sympa où sortir le soir pour écouter de la bonne musique sans qu'il s'agisse d'un de ces restaurants à l'atmosphère épaisse qui semblent en avoir l'exclusivité. Elle ne sait pas, ne sort pas, studieuse. Raté.


Ouzbékistan, Tachkent, canal Ankhor, Tour de la Télévision, © Louis Gigout, 1999
Tachkent, canal Ankhor et la Tour de la Télévision.

Ouzbékistan, Tachkent, Tour de la Télévision, © Louis Gigout, 1999

Ouzbékistan, Tachkent, aqualand, Tour de la Télévision, © Louis Gigout, 1999
Aqualand.

Ouzbékistan, Tachkent, rue Turkestan, éclipse, © Louis Gigout, 1999
Rue Turkestan, devant la gare, curieux de l'éclipse.

Ouzbékistan, Tachkent, rue Turkestan, éclipse, © Louis Gigout, 1999


Jeudi. Visite ce matin du Musée des Beaux-Arts en compagnie de Maxime, un jeune Russe de 19 ans qui a trouvé le message que j'avais laissé à l'Alliance française. Il a débarqué à l'hôtel vers 8 heures ce matin. Grand Duduche boutonneux à grosses lunettes soviétiques, genre lycéen appliqué premier de sa classe. Peintures du XIXe siècle d'artistes russes dont les noms, Vereshagen et Serov, ne me disent rien. Des Repine, une des figures de proue de la peinture russe académique soviétique. Art prédigéré qui épargne tout effort au spectateur. Un peintre contemporain ouzbek, Alisher Myrzaïev. Les couleurs sont éclatantes comme sur les robes des femmes, les décorations des mosquées et des médersas, les tapis, les intérieurs traditionnels. D'où vient cette soif de couleur ? Collection de statues romaines, habituelles Victoires, Psychés, Diableries et autres Éros. Estampes japonaises et céramiques chinoises. Nous allons ensuite au Musée des Arts décoratifs.





Maxime me fait visiter ce qu'il appelle les "Beaux Quartiers". Je suis étonné de voir de grosses boites métalliques disposées n'importe comment sur des terre-pleins au bord des rues. On dirait des containers ou des Algécos fermés par d'imposants cadenas. Il s'agit de garages, m'apprend Maxime. Les voitures étaient trop souvent volées. Comme il n'existe pas de garages dans les immeubles, ces grosses boites disgracieuses se sont beaucoup répandues. Maxime ne parle pas les langues locales, ça ne l'intéresse pas. Avec l'Indépendance, il est devenu un étranger dans ce pays qui se dérussifie peu à peu en imposant l'ouzbek comme langue nationale et l'alphabet latin. Le Russes sont devenus des citoyens de seconde zone et Maxime regrette le bon vieux temps de l'Union soviétique avec ses mouvement de jeunes pionniers, ses komsomols, ses drapeaux rouges, son Internationale, le générique musical de Radio Moscou et les défilés rassurants de la grande Armée Rouge.
Je suis content d'avoir vécu du temps de l'URSS, me dit Maxime. On pouvait voyager, aller à Moscou, passer chaque année les vacances au bord de la mer Noire. Maintenant, ce n'est plus possible. Les salaires sont entre 10 et 20 dollars.
Vous faisiez partie à l'époque de la classe dominante. Vous étiez choyés par le pouvoir central. Ce qui est assez étonnant car j'ai lu quelque part que beaucoup des Russes qui se sont installés ici l'ont fait sous la contrainte.
Les Russes d'Asie centrale ne sont pas tous des descendants de dissidents où de droits communs. La colonisation a commencé bien avant la création de l'Union soviétique. Mes grands parents sont nés ici.
À qui sont toutes ces Mercedes qu'on voit du côté de Broadway ?
Je ne sais pas. Pas aux Russes.
Et toi, qu'est-ce que tu comptes faire ?
Étudier. Je dois beaucoup travailler.
Tu ne sors jamais pour faire la fête avec tes amis ?
Nous faisons parfois la fête entre nous. Nous n'avons pas d'argent pour sortir.
Et si nous sortions ce soir ?
Où voulez-vous aller ?
Dans une boite ouzbèke. Si possible avec musique et danses locales.
Nous pouvons peut-être aller à l'Aladin.
C'est un nom que me plaît. Va pour l'Aladin.


Ouzbékistan, Tachkent, garage, © Louis Gigout, 1999
Garages privés à Tachkent.


Je quitte l'hôtel Lokomotiv après avoir descendu une vodka en compagnie de Svetlana au bar. Il est passé 21 heures. Métro. Mon jeton ne marche pas et une petite barrière jailli de la chicane dont je tente malgré tout de forcer le passage. Mais nous ne sommes ici pas à Paris et un flic s'approche aussitôt. Il me fait signe de le suivre à un poste situé dans le grand hall où se trouve son supérieur. Passeport et vidage de poches. Cigarettes ? Allez-y, servez vous. Ils me parlent, me posent sans doute des questions mais je n'y comprends rien. Ils ont vu mon passeport, ils ont vu le contenu des mes poches et contemplent ma liasse de soums d'un air pensif. Ils me montrent l'heure et disent quelque chose où il me semble reconnaître le mot "diévouchka" (fille) et Broadway. Ils pensent que je vais aux putes à Broadway. Et alors ? Je leur réponds n'importe quoi, banque, hôtel Lokomotiv, no problem, Parij, Jo Dassin, nié panimayou rouski. Ils continuent de plus belle à vouloir me parler. Puis il est question de "fotebol" et de Zinedine Zidane. Ils me font alors des grands sourires, me tapent dans les mains comme si nous étions de vieux potes. Ils me lâchent enfin, me faisant signe de ramasser mes affaires et de déguerpir. Merci Zidane. Soulagé, je me rends dans le couloir pour y attendre le prochain train. Et qui vois-je rappliquer avec sa bonne tête et l'air de rien ? Le flic qui m'alpagua il y a un instant. Il s'arrête à côté de moi et le voilà qui recommence à me parler. À quoi bon continuer d'essayer de lui faire comprendre que cela ne sert à rien ? Et la rame qui met du temps à venir. Dix minutes. Le flic semble attendre que je lui dise quelque chose. Ni-è-pa-ni-ma-you nada de nada po ruski. Verstehen Sie, nom d'un petit bonhomme ? Il prend un air désolé, se tait un instant mais ne peut se résigner. Et le voilà reparti. Fort heureusement, la rame arrive. J'espère que Maxime aura eu la patience de m'attendre. 



C'est une des meilleures boites de Tachkent. Et cela lui fait tout drôle, à Maxime, de se retrouver dans cet endroit où jamais il n'aurait mis les pieds si je n'avais été là pour payer l'entrée. L'extérieur ne paye pas de mine. C'est un immeuble un peu vieillot, genre bureaux tristes. Il y a un vaste hall désert à l'entrée. Un guichet tout au fond où l'on achète un billet. La boite se trouve à l'étage. Passé une porte, on entre dans un autre univers. Nous sommes dans un boite de nuit, d'un plutôt bon niveau, rien de très oriental, ça pourrait être n'importe où sur la planète. Une salle toute en longueur, un bar immense, une piste de danse, une autre surélevée et, tout au fond, fauteuils et tables. Nous sommes accueillis par une armée de filles en uniformes sexys qui contraste avec le public qui se compte sur les doigts d'une main. Dans cet endroit trop chic pour un pays aussi pauvre, je ne me sens pas très à l'aise. Qui fréquente ce genre de boite ici ? Et j'ai beau avoir un pouvoir d'achat démultiplié, il doit être sans commune mesure avec celui des gros bonnets ouzbeks qui trafiquent dans l'or ou la drogue et qui ont tout autant les poches bourrées de dollars que ceux qui font un business similaire sur n'importe quel continent. Je consulte la carte avec attention. Whisky, gin, bière, vermouth et mille sortes de vodka. Je choisis une vodka ouzbèke car il s'agit de stimuler la production locale. Maxime est embarrassé. Je lui dis d'y aller, que nous pouvons boire ce que nous voulons et autant que nous le pouvons. Il commande un café au lait, ce Russe ! Le meilleur, c'est qu'il l'obtient et que ça ne semble même pas choquer la serveuse.

Peu à peu, les clients s'installent sans vraiment réussir à remplir la salle. Contrairement aux bonnes manières, je vide lentement mes verres de vodka. C'est que, à peine ai-je vidé mon verre, une fille le retire et me demande si je veux autre chose. Je me sens obligé de dire « Da, adine drougoï pajalsta ». Je fume cigarette sur cigarette. À peine en ai-je écrasé une dans le cendrier qu'une fille se précipite pour envelopper celui-ci dans une serviette et l'emporter et le remplacer par un autre propre. À peine ai-je tendu une main vers mon paquet, qu'une autre fille est là, briquet allumé tendu. Je suis comme un péquenot dans un hôtel de luxe, pas l'habitude de l'étiquette de la haute. Vers 11 heures, une annonce est faite par un présentateur. La soirée commence. Vacarme énorme crescendo d'un rotor d'hélicoptère. Battement de l'air par les pales. Chtouf-chtouf-chtouf. Les lumières explosent en milles couleurs et les danseuses apparaissent, magnifiques. Danses du ventre et danses occidentales mêlées, comme la musique. Le résultat est un fabuleux métissage. Je regrette de n'avoir pas amené mon appareil photo. Au bout d'une heure, les spectacles de danse se terminent, laissant la piste au public. J'y vais, bien sûr, faire un petit tour et Maxime me rejoint. L'ambiance est moins chaude que dans la boite de l'hôtel Ziyorat à Ferghana. Il y a quelques jolies filles et des jeunes gens de la bourgeoisie locale. Des hommes plus âgés sont vautrés dans les fauteuils du premier rang. Chemises blanches, cravates et embonpoint. Ils carburent à l'Absolut et ont des trognes à ne pas s'y frotter. Je rentre sagement en taxi à 2 heures du matin.





Vendredi. Maxime m'emmène du côté de l'ancienne place Lénine, en haut de Broadway, de l'autre côté de Prospekt Rachidova qui s'étend du monument du soldat inconnu à la salle d'exposition de l'Union des Peintres. Il y a là un alignement de jets d'eau d'une cinquantaine de mètres et un bassin où viennent s'ébattre les gamins de Tachkent, des immeubles officiels, le palais du gouvernement. L'endroit est sous haute surveillance. En février dernier, une série d'attentats à la voiture piégée attribués aux fondamentalistes islamiques a fait 16 morts et une centaine de blessés. Sidération des Tachkendi. Les auteurs ont été rapidement arrêtés et les communiqués officiels affirmèrent que les commanditaires venaient de l'extérieur. Les ouvriers s'activent mollement pour faire disparaître les traces des attentats. De vastes espaces sont encore interdits à la circulation. Il me revient une citation glanée je ne sais plus où et attribuée à Henri Tincq : "La guerre sainte que mènent les militants islamistes traduit moins un regain de foi que la réaction d'un imaginaire encore meurtri par le souvenir des croisades et des Reconquistas." Plutôt qu'une guerre sainte suscitée par des croisades oubliées, pour ce qui est de ce qui se passe ici en Ouzbékistan, j'y vois une démonstration du savoir-faire géostratégique du pouvoir en place. Karimov à beau jeu, à présent, de justifier et renforcer sa politique répressive.


Ouzbékistan, Tachkent, jets d'eau devant le Palais du Gouvernement, © Louis Gigout, 1999
Jeux d'eau devant le Palais du Gouvernement.

Ouzbékistan, Tachkent, jets d'eau devant le Palais du Gouvernement, © Louis Gigout, 1999


Maxime m'accompagne dans le bazar de Chorsu où il connaît un fabriquant d'instruments de musique qui pourra me vendre un tambourin (appelé ici "doyra") de bonne qualité. Puis je déjeune en sa compagnie à une terrasse de Broadway avant de lui dire adieu et de lui remettre le salaire promis. Maxime le délicat. Au bazar, alors que j'achetais à un enfant une tranche de melon, il me considérait avec désapprobation, me faisant la réflexion qu'il n'était pas convenable de manger dans la rue. Les Ouzbeks font moins de chichis et sont plus conviviaux. N'importe lequel m'aurait invité chez lui et présenté sa famille. Il ne m'aurait pas déplu de rencontrer la mère du jeune Russe qui travaille, m'a-t-il dit, dans la géodésie, et son père enseignant à la retraite. Ils ont senti sous leurs pieds les secousses de l'Histoire et cela doit être passionnant d'écouter celle de leur vie. Mais je m'en veux de qualifier Maxime de garçon timoré. N'a-t-il pas de bonnes raisons d'être soucieux pour son avenir dans l'Ouzbékistan de Karimov ?

Tournée d'adieu aux lieux de Tachkent. La statue équestre d'Amir Timour. Les frères Choukourov, qui sont tadjikes, écrivent à ce propos que l'exaltation de la figure de Timour par le pouvoir ouzbek révèle un sentiment de complexe vis-à-vis des autres peuples et surtout du peuple tadjik, lequel est l'héritier d'une longue tradition intellectuelle d'origine persane, peuple de l'écriture. « Névroses ethniques » expliquent-ils. Il n'est pas surprenant que le culte de Tamerlan, déjà latent dans la conscience ouzbèke à l'époque soviétique, ait été officialisé pour la première fois à l'initiative personnelle du président Islam Karimov, ex-premier secrétaire du parti communiste d'Ouzbékistan. Cela traduit non seulement le refus du diktat du grand frère russe, mais aussi l'orientation et les priorités de la nouvelle politique ouzbèke.

Gouvernant de type autocratique, Karimov ne l'est pas seulement par tempérament personnel mais aussi pour des raisons objectives.
Charif et Roustam Choukourov, Peuples d'Asie centrale, Syros 1994.

Ils sont dans un tramway. Ils sont maintenant des hommes âgés, fatigués, chairs flasques, vidés de toute énergie, le regard éteint. Je les ai vus, marchant courbés, difficilement. Ils s'obstinent à arborer, épinglées sur leur poitrine, des décorations militaires. Ils étaient soldats ou officiers de l'Armée rouge. Ils avaient 20 ans en 1942 au moment de la bataille de Stalingrad.

Samedi, 14 août 1999. 12 heures. Nous longeons une ligne continue située au sud de hauts sommets enneigés qui peu à peu s'estompent vers l'ouest. Le Pamir. Le ciel est dégagé, le sol à peine visible, dilué dans la brume. Je suis assis à côté d'une grosse femme, genre russo-ouzbèke. Elle est venue à l'aéroport dans une limousine avec chauffeur et a, selon son ex-voisin qui m'a proposé de changer ma place pour la sienne afin de pouvoir voyager avec son ami, un sacré fichu sale caractère. L'avion, côté classe tourisme, est plein. Des touristes français, hollandais, des Indiens, des Ouzbeks, à proportion égale. Je rentre à Paris avec un sentiment de regret, comme d'habitude. Regret de quoi ? De laisser derrière moi quelque chose d'inachevé, des gens, des lieux, des femmes que je ne reverrai jamais. À chaque fois je me dis la même chose. Je reviendrai. Le temps passant, l'idée de revenir s'émousse et le retour, à quoi bon. Une fois, une seule, je suis revenu. C'était à Bucarest et je voulais revoir les gens qui m'avaient accueilli lors de ma visite en août 1990. Je me souvenais de l'émotion qui avait été la mienne et je voulais leur montrer que j'étais toujours là et que je leur gardais mon amitié. Certes, ils étaient heureux de me revoir. Il y avait pourtant un malaise. Alors que j'avais fait leur connaissance au moment de leur Révolution, après qu'ils eussent liquidé de la manière qu'on sait le couple Ceausescu, espoir à la boutonnière, je les revoyais affligés de voir leur pays s'enfoncer dans l'incurie et la corruption. Je les avais connu jeunes et plein d'énergie. Ils étaient devenus atones.


Dernier petit-déjeuner à l'hôtel Lokomotiv. Svetlana a bien fait les choses. Fromages, fruits, omelette, pain, thé vert, blinis. Elle s'est arrangée une coiffure choucroute. Nous avions longuement fait les imbéciles ensemble, la veille au soir, au bar, avec elle et sa sœur, en vidant des verres de brandy offerts par un Ouzbek qui fêtait son anniversaire. Svetlana voulait savoir comment il se faisait que je n'étais pas marié et si elle pouvait venir avec moi à Paris. J'ai retrouvé dans cet hôtel le couple de Français, Sylvie et Alain, rencontrés à Boukhara dans la gastinitsa de Mubinjon. Ils revenaient tout juste d'une marche en montagne et s'apprêtaient à y retourner.

L'embarquement est long et fastidieux. Contrôles redondants, inutiles, et formalités lentes. Il faut remplir la même fiche de déclaration de devises qu'à l'arrivée. L'agent à qui je la remets la regarde à peine avant de la classer discrètement à la poubelle. J'ai aimé ce voyage. J'ai aimé cette région vivante, métissée, multiculturelle, où se rencontre à la fois le passé de l'Occident, l'Extrême Orient et la Perse. C'est une région en chantier, en quête de nouveaux repères entre tradition et modernité. Le présent n'est pas tendre avec ses populations. Karimov et sa mafia amassent des richesses colossales alors que la majorité de la population vit en dessous du seuil de pauvreté. Le contexte géopolitique incertain et les frontières artificielles installées par Staline sont des bombes à retardement. Le soviétisme a introduit une certaine européanisation des modes de vie, scolarisé les petites filles, émancipées les femmes, structuré l'économie et l'agriculture de manière arbitraire. Le KGB existe toujours et les apparatchiks sont devenus des chefs de gang. So long, Asie centrale. Que reste-t-il au terme de cette immersion ? Le Régistan, Munira et Yasmina, la jeune fille de Boukhara, celle de Ferghana. Les baisers d'Ouzbékistan. La place Lyab-i-Haouz et son bassin. La colonie de vacances pour jeunes filles de Chakhimardan. Les danseuses de l'Aladin. Et Mina, avec ses chaussures à grosses semelles qui meurtrissaient ses pieds graciles.



Ouzbékistan, Zarafshon, © Louis Gigout, 1999

Ouzbékistan, Zarafshon, © Louis Gigout, 1999

Ouzbékistan, Zarafshon, © Louis Gigout, 1999







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